À l’approche du marathon de Valencia, chacun finalise sa préparation. Athlète confirmé ou premier marathon, la pression est la même et l’envie de réaliser « son » exploit aussi. Mais qu’est-ce qui fait vraiment courir plus vite ?
La fascination du chrono
On se pose toujours les mêmes questions sur le chrono : le sien, mais aussi celui des meilleurs. Les chiffres fascinent, surtout les chiffres ronds, qui n’ont pourtant rien de plus que les autres. Ils jalonnent l’histoire des performances sportives et rappellent des athlètes exceptionnels (Mike Powell, Usain Bolt…).
En marathon, les choses sont un peu différentes : de nombreux athlètes tutoient les sommets, avec en tête le mythique temps des 2 heures. Le record du monde officiel est passé sous les 2 h 01 : 2 h 01 min 09 s pour Eliud Kipchoge à Berlin en 2022, puis 2 h 00 min 35 s pour Kelvin Kiptum à Chicago en 2023.
Et la barre des 2 heures a déjà été franchie : en 2019 à Vienne, Eliud Kipchoge a couru la distance en 1 h 59 min 40 s, lors d’une tentative organisée sur mesure (lièvres en relais, voiture-guide). Cette performance n’est pas homologuée comme record, mais on la pensait humainement impossible : certains modèles scientifiques ne l’envisageaient pas avant 10 ou 20 ans.
Fait remarquable, ces records sont souvent battus par des athlètes de plus de 30 ans, alors que les capacités physiologiques, comme la VO2 max, ne progressent plus guère après cet âge chez un athlète déjà très entraîné.
Qu’est-ce qui fait courir plus vite ?
On admet classiquement que la performance en course à pied dépend de trois facteurs :
- la VO2 max : la quantité maximale d’oxygène que le corps peut consommer pendant un effort intense. Elle s’exprime en millilitres par minute et par kilo (ml/min/kg) et va d’environ 20 à 95 ml/min/kg. C’est la « cylindrée » du sportif ;
- la fraction d’utilisation de la VO2 max : la capacité à soutenir longtemps un pourcentage élevé de cette VO2 max ;
- l’économie de course : l’énergie dépensée pour courir à une vitesse donnée.
Chez un athlète de haut niveau, les deux premiers facteurs ne progressent plus beaucoup. Reste l’économie de course, très variable d’un coureur à l’autre dans les mêmes conditions. Quelques pourcents d’économie suffisent à faire la différence en compétition : la sobriété est payante (réserves d’énergie préservées, meilleure régulation de la température, réserve de vitesse en fin de course…).
Chose remarquable, l’économie de course a tendance à s’améliorer avec l’âge et l’expérience. Mais pas indéfiniment. Aujourd’hui, le principal levier pour l’améliorer encore réside dans les conditions de l’effort, et notamment dans les nouvelles technologies, comme on l’a vu dans d’autres sports (ski, tennis, saut à la perche…).
Les records sont-ils dans les chaussures ?
Amortissement, rigidité, torsion, drop, poids : tout a été revu dans la chaussure de course. Les nouveaux matériaux ont permis d’alléger les chaussures et de favoriser un effet rebond, en modifiant au passage la technique de course (attaque du pied plus vers le milieu du pied).
Mais la relation entre économie de course et performance n’est pas linéaire. Le gain est réel, de l’ordre de quelques pourcents, mais surtout à vitesse élevée (autour de 20 km/h). À vitesse plus modeste, il est faible, voire nul.
En clair : les chaussures ne feront pas de vous un champion qui s’ignore.
Et les vêtements de compression ?
Manchons, cuissards, chaussettes : les textiles compressifs sont apparus d’abord pour la récupération, puis pour la performance. À ce jour, aucun lien objectif n’a été établi entre compression et performance, du moins aux niveaux de compression habituels : ils ne modifient pas l’économie de course.
On a supposé qu’ils limitaient les vibrations des mollets, et donc la fatigue musculaire. En réalité, ces vibrations concernent surtout les cuisses (quadriceps), en particulier dans les descentes en trail. Une compression élevée pourrait alors retarder un peu la fatigue des quadriceps.
Leur intérêt principal reste donc le confort et le bien-être, y compris psychologique, plus que la performance.
Raison gardée
On peut désormais aider un coureur à aller plus vite, au point que l’on parle parfois de « dopage technologique ». Mais ces gains ne s’expriment vraiment qu’au niveau de l’élite, dans des conditions optimales.
N’est-il pas plus raisonnable de fixer son objectif en fonction de ses capacités, de ne pas sous-estimer le plaisir et le confort, et d’y consacrer des moyens raisonnables, dans son entraînement comme dans son équipement ?
Raison gardée, et plaisir de se réaliser dans une épreuve que l’on a choisie et à laquelle on a consacré le temps nécessaire.
Bon marathon !
Dr Eric Parein – médecine du sport
Centro Médico La Canyada
Un bilan avant votre marathon, ou une douleur qui persiste ? Prenez rendez-vous en ligne.